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vendredi 26 août 2011

Tokyo! : A boire et à manger


Tokyo! se propose de donner un aperçu de la capitale Nippone sous 3 angles différents.

Le premier court est réalisé par Gondry. C'est une nouvelle, car après une première partie générique au possible, le film s'ouvre à la fantaisie et à la patte onirique du réalisateur sans qu'on s'y attende. De telle sorte que ça tourne vite à l' histoire abracadabrantesque, dont l'objet principal est digne d'une pub pour Ikéa. On s'ennuie ferme dans un premier temps, mais c'est pour mieux se distraire du fantastique des situations dans lesquelles se trouve la jeune femme accompagnant son petit ami. Quand la magie opère, on ressent surtout l'influence du rêve éveillé nommé Eternal Sunshine Of The Spotless Mind. et filmé à travers le prisme « parisien » de La Science des Rêves.
Après l'avoir vu, si on ne retient globalement pas grand-chose de ce court, ce n'est pas vraiment parce qu'il est d'un commun profond et aseptisé (bien que ça puisse sembler être le cas au premier coup d'oeil), mais plutôt parce qu'il ne dépareille pas de la filmographie d'un réalisateur dont le style est déjà bien établi et repérable.

Sans transition, Merde de Carax fait son entrée comme une énorme injure aux spectateurs, et s'impose comme la meilleure qui ait jamais été faite, à ma connaissance, au cinéma. Le cinéaste se donne à cœur joie de pondre avec plaisir le plus gros caca possible dans le plat de l'Art, chiant sur le bon goût, la morale et l'hygiénisme. Il en résulte un court facile à appréhender, visuellement loin d'être inintéressant, largement catharsique, et donc forcément drôle.
Ne respectant ni la bienséance ni le bon sens, la merde courte sur pattes slalome entre les déjections encravatées sans y poser le pied gauche, tout ça pour faire fi des codes cinématographiques dictés par les grandes soeurs désodorisées. Avec moins de discours imagé, c'est un joyeux canevas en foutoir d'une plèbe affolée par une paire de trolls terroristes à l'œil torve, munis d'une robe ou d'un costume de Joker, mais tous deux au service du (règne ani)mal. Ils sont la transposition au reflet grossissant d'une République française aux valeurs égarées, et où deux frères de sang peuvent manipuler la loi et l'ordre avec l'aisance d'un schtroumpf au bonnet phrygien se délestant d'une barre chocolatée dans un bol de lait. Une sacrée merde ? Une merde sacrée, j'préfère.

Le dernier court, de Bong Joon Ho, rappelle à l'ordre et coupe vite l'envie de rire. Maintenant, on redevient sérieux. On sort son recueil de poèmes et on écoute attentivement le professeur en suivant la cadence métronomique des vers. En bon asiatique sérieux à qui on a commandé un film en guise de devoir de vacances, Joon-Ho obtempère en filmant sa vi(ll)e de tous les jours, en y mettant les formes pour que sa maman ne soit pas révoltée par ce qu'il produit comme monstruosités quand elle a le dos tourné, mais plutôt pour qu'elle soit admirative de ce que son petit chérubin a accompli sur la route du succès. En bon élève et en bon fils aimant et aimé, Bong injecte un peu de sa personnalité introvertie et farouche pour transcender sa vision douce et poétique d'un Otaku vivant reclus dans un appartement de la ville, envahi par les livres de toutes sortes, les rouleaux de papier toilette (oh!) et les boîtes de pizza.
Beaucoup plus lent, circulaire et forcément plus homogène que le tâcheron du chiffonnier qui occupait précédemment son siège, le travail est propre, sans bavures, sans ratures, avec l'attention charmante, car fortement espérée, de toucher les foules en faisant naître un amour unique et idyllique au cœur de l'impossible. Maman a trouvé le sujet original, bien montré et émouvant. Pour cela, elle adore un peu son fils prodige. Tout est bien qui finit bien pour notre réalisateur.

Globalement, Tokyo! gagne en diversité et en originalité (surtout grâce au concours du deuxième court, vous l'aurez compris) ce qu'il perd en développement scénaristique à cause de son format étriqué. De ce Tokyo fantasmé, on en retient le caractère impalpable, résultante d'une réalité déformée par la perception de chaque réalisateur. Une bonne initiative, un assez bon essai.
6.5/10

lundi 15 août 2011

Le Prestige : Prestige d'agitateur(s)

Le prestige. Au sens propre, et au figuré. Strictement, vous connaîtrez sa définition en regardant les premières minutes. Au figuré, il vous faudra plus de temps pour se rendre compte de la maîtrise du réalisateur. En d'autres termes, il joue sur le prestige du cinéma de nous mener en bateau. A la manière de Memento, il entremêle les scènes entre aller et retour, prolepses et analepses, comme il battrait les cartes avec une idée précise de son jeu et de ce qu'il cache dans sa manche.

Nolan joue sur un thème répandu dans la littérature – puisqu'il faut rappeler que le film est une adaptation de nouvelle - et le septième art : la rivalité. Néanmoins, il le traite avec l'originalité de son savoir-faire de cinéaste, mêlant thriller, fantastique, et drame. De la même manière, il ne se limite pas aux relations conflictuelles régies par des affaires sentimentales, mais se sert des apparences pour détourner l'objet et le but de ce conflit général, jusqu'à enfermer les personnages dans le monde de la chimère et de la virtualité, en bref du spectacle, qu'il soit « magie » ou « science pure ».

Le film s'achève malheureusement sur une résolution prévisible, mais qui a pour mérite de laisser une fenêtre entrouverte par le doute autour du tour qui nous est joué, et qui va donc au-delà d'une vérité illusoire qu'on veut bien nous vendre, à nous, demandeurs crédules. Aussi, et c'est bon signe, sa relative complexité structurelle en fait un film à revoir pour tenter de faire s'évanouir l'illusion à défaut de résoudre un mystère dont on connaît (ou du moins on se doute) l'aboutissant.

Double, la médaille comporte donc sa face brillante, mais aussi son revers. Il est vrai que l'on peut s'ennuyer face à des scènes, qui, remises dans l'ordre, peuvent perdre de leur éclat (Shutter Island, où es-tu ?). Ce à quoi je rétorquerais qu'il faut savoir saisir ce que le réalisateur suggère en filigrane à travers une lecture sur plusieurs plans qui se fait grandement à l'aide des personnalités ambivalentes et antagonistes des personnages. D'ailleurs, en plus d'interroger sur le spectacle et par conséquent l'art cinématographique, il est également moteur de réflexions personnelles sur l'être intime et l'être social, sur l'être et le paraître... même si dit comme ça cela peut paraître risible, justement.

Alors, Le Prestige, de l'or ou du plaqué ? Pour moi, c'est un tour de passe-passe réussi qui emploie les moyens cinématographiques à des fins époustouflantes. Mais après tout, qu'est-ce qu'on en a à faire de mon avis ? Tout le monde sait que la vérité est ailleurs...

8/10


vendredi 22 juillet 2011

L'autre monde : Je rêvais d'un autre... justement.


Une affiche racoleuse, une sélection à Cannes qui force le scepticisme, un « par le réalisateur de Qui a tué Bambi ? » qui laisse dubitatif... Et quelques critiques éparses, associées à l'enrobage Geek qui donne quand même envie de laisser sa chance à cette pelure.
De la sacrée bouillasse Plus Belle la Vienne, plus bas que terre, quand l'interprétation amateur dégouline de nos yeux et nos oreilles. Parce qu'en plus de ça, la musique est d'aussi bon goût que le reste du film : du kitschouille Ambient au synthé façon le Grand Bleu.
Pour ce qui est de l'autre monde dépeint à l'écran, soit le réal n'est pas un gamer, soit il a vraiment envie de se faire battre. Les images de synthèse sont charmantes, montrant un croisement jamais vu entre l'épure d'un Tron et le lugubre d'un Blade Runner saupoudré d'une pointe d'Immortel, mais où est la vraisemblance d'un tel jeu planté dans le monde contemporain ? Qui pourrait prendre ce fatras lisse et dépouillé d'images de synthèse pour des images de jeu, hormis s'il a découvert l'existence des « Morpeuge » ascendants « Meuporg » dans la seconde ? Au lieu de ça, le film d'animation explore une voie intéressante pour le MMO : la communication orale IG, à l'aide d'un brouilleur de voix. Avec mon oeil de crevard, j'y vois une alternative peu imaginative au « tout écrit » inadapté à un film.
Dans la facilité, à l'instar du montage pas travaillé, aux enchaînements secs et cassants, avec aucun rythme en début de course, un schéma bon élève mais bâtard du thriller, et tout ça servi par un manichéisme de maternelle (« ouh les gens en noir y sont fous et suicidaires ») ou de télé-poubelle, au choix...
Il fait beau, le soleil brille pour la jeunesse dorée et amoureuse de la vie, des corps et du bonheur. Puis le temps se gâte, ça se couvre, viennent la bruine et les malheurs... Sonne l'heure, les jours s'en vont, je demeure...
Fautifs, les Jeux vidéo coupent de la réalité, brouillent les identités, rendent asocial, cultivent la morbidité et rendent crétin par leur concept intrinsèquement ridicule. En d'autres termes, les JV (et a fortiori Second Life) rendent fou, et par conséquent sont un vrai danger ; attention !

Et merde, j'ai encore perdu deux petites heures de ma vie... Au moins ça m'aura permis de me remémorer le fameux Ben X lui aussi pas vraiment réussi dans sa catégorie, liant maladroitement autisme et jeux vidéo (m'enfin y'avait Sigur Ros en BO... c'est déjà ça).

Jeunes réalisateurs sans talent biberonnés à la cinéphilie du 20h de TF1, allez vous pendre...
3/10
Et rien que pour moi/vous/toi, le bonus Kurt-a-Geek :

vendredi 24 juin 2011

City Of Life and Death

D'emblée, j'ai été frappé par l'esthétisme. Très beau, très léché, mais aussi très froid, il est à l'image de son noir et blanc épuré qui lui confère une crédibilité documentaire en plus de faire reluire la réalité au lieu de la ternir.
L'action déclenchée dès le point de départ s'enfonce progressivement dans le drame. De ce fait, il peut paraître très lent et par conséquent très ennuyeux pour peu que l'on ne soit pas réceptif à la tension dramatique latente qui est tout ce qu'il y a de plus suffocante. Du pareil au même, il est franchement prenant si on est coutumier de l'Histoire relatée, et plutôt déstabilisant lorsqu'on n'en connaît pas un mot. En cela, c'est certain qu'il ne touchera pas le même public qu'un Soldat Ryan bien bien loin de l'objectif du réalisateur...
C'est qu'il m'évoque plutôt le Requiem pour un massacre de Klimov, plus pour la lenteur, l'aspect solennel et « commémoratif », que pour son horreur sournoise, qui est au contraire belle et bien montrée dans City Of Life and Death. Ainsi, on se rapproche un peu plus d'un Nuit et Brouillard, le noir et blanc forçant forcément la comparaison... Au delà, et avec plus d'objectivité, il est franchement à saluer pour le témoignage fictif qu'il dessert et la leçon de mémoire qu'il impose avec une grande classe.
En clair, je n'ai peut-être pas compris toute la leçon, mais j'ai quand même pris plaisir à écouter ânnoner le professeur.
7/10

mardi 14 juin 2011

Les valseuses : "On n'est pas bien là ?"

Oui, Les valseuses c'est, au-delà d'un titre déjà fort, une pelletée de répliques cultes. Dès qu'on entend sorti de la bouche de Depardieu le fameux « pas de doute possible, nous sommes bien en France », pas de doute possible, on est bien face à de la bonne came. Dès le point de départ on est foutu la tête dans le guidon. Les gaudrioles s’enchaînent avec des pataquès telles qu'on en redemande, jusqu'à jusqu'à...
Une baisse de tension générée par une fermeture passagère à la fanfaronnerie, vite de retour pour terminer l'histoire en beauté capillaire déposée sur la soupe. Pendant ce temps, Blier creuse un autre registre, plus lourd, plus dramatique, plus cérébrale. C'est l'apathie et la léthargie du bourbier, de la planque à la campagne et des attentes vaines. Des personnages face à rien de plus que le vide d'une ville et d'une vie fantômes, érigés sur du vent. Poussières d'escampette, poudres explosives, elles divaguent jusqu'à un acmé où aucune leçon n'est tirée, où tout est laissé en plan, en suspens, pour ne rien lâcher au spectateur embarqué en otage dans leur cavale.
Chaotique, comme le jeu de quelques seconds couteaux, franchement approximatif, amateur (dans le mauvais sens du terme) et forcé. Et si ce n'était vrai que pour les clowns de second plan... mais c'est d'autant plus dommage pour un des acteurs principaux : Jacques Chailleux. Pour un film qui s'appuie quasi-exclusivement sur les frasques de paumés et donc sur l'interprétation, ça la fout mal...
En comparaison, il manque donc à mon sens son statut de film culte à côté d'un Série Noire qui réussissait à mettre en exergue la personnalité de Dewaere tout en lui grapillant du charisme pour s'en augmenter. Ce Blier rate donc le passage à la postérité, mais demeure indispensable si l'on souhaite s'enfiler la filmographie des meilleures comédies françaises.
8/10

jeudi 9 juin 2011

Detective Dee : Il faut toujours se fier à son instinct

D'abord, les premières minutes donnent déjà le ton de la suite. Le grain de l'image est vintage, semblable à celui des péplum, et n'augure rien de bon. Ensuite, on remarque alternativement une disparité entre la «fraîcheur» de l'image et son côté «usé», en fonction de si oui ou non le plan est pourvu des pathétiques effets spéciaux qui renforcent l'impression de voir un Bollywood ou une série Z diffusée en 2ème partie de soirée sur M6, au choix... Pour vous faire une idée, on n'est pas loin des films de Bruce Lee et des 36 poings vengeurs de Shaolin en terme d'esthétique kitsch.
Si je me souviens bien, je n'ai jamais vu une réalisation aussi hétérogène. Les plans foireux (comprenez amateurs) et luxueux (professionnels en slow-motion) se succèdent sans queue ni tête. Cela donne un aspect déplorablement brouillon à l'ensemble, et ne captive pas mais donne toujours matière à prendre du recul, toujours plus... jusqu'à décrocher. Parce qu'il n'a même pas ce rythme « foufou » que les convertis vantaient tant. « On en sort épuisé », « cela ne s'arrête jamais ». Que nenni, les scènes de parlotte et d'action se succèdent académiquement (ah un peu d'ordre dans ce monde de brutes !) pour ne pas noyer une intrigue fatalement simplette digne d'un jeu vidéo (film de « geek » ?). Toutefois, les dialogues portés au service de l'action (comprenez épurés) apportent quand même leur lot de surprise, et de rigolade, volontaire comme involontaire. C'est notamment le cas quand un cerf (mal modélisé, évidemment) prend la parole et se couvre lamentablement de ridicule, et ce même en VO... De très loin, on y retrouve donc un peu du Miyazaki de Princesse Mononoké pour ce côté fantastique, mais aussi pour le contraste réussi accordé à des lieux qui se distinguent nettement par leurs reliefs.
C'est donc ce qui manque clairement à ce divertissement : de l'occidentalisation. Alors que certains y voient un avantage, j'y vois une tare. Pourquoi ne pas prendre exemple de l'autre côté de la force : le Japon ? Pourquoi ne pas s'inspirer de Johnnie To par exemple, qui fait tant rimer Asie et Occident ? Au lieu de ça, ce genre de spectacle « bioman » (Les Inconnus) a tant été parodié dans nos contrées, qu'il est impossible de ne pas se placer dans la posture du cynique. Après tout, peut-être que le ridicule ne tue pas en Chine... Qu'il n'existe tout simplement pas... Ou je serais plutôt partant pour dire qu'il n'est pas le même. Comme l'occident a pu à l'inverse s'inspirer de l'Asie, on y retrouve en toute logique de la graine de Kill Bill dans l'exhubérance des combats et de certaines poses qui ne passent étrangement pas pour « cool » comme ça pouvait être le cas dans le film de Tarantino.
En somme, c'est un nanar qui s'assume très peu en tant que tel. Quelques scènes sont volontairement drôles, mais la plupart des plans se rendent ridicules par la trop grande importance accordée aux chorégraphies des combats, façon Power Rangers, ou tout simplement à cause du grand décalage vis-à-vis de ce qui constitue le « beau » ou l'« artistique » à mes yeux d'occidental. En cela, il suffit de regarder l'accoutrement du blond peroxydé déguisé en Link du côté obscur de la force, pour verser une petite larme de rire puis de deuil pour enterrer ce qui aurait pu être un bon film. Néanmoins, par son caractère exotique fondamentalement insaisissable, DD peut s'avérer respectable. Il est toujours possible de le qualifier d'OVNI de génie si on admet que la force de Tsui Hark réside dans sa capacité à mélanger les genres pour faire partir son film dans tous les sens tout en le faisant retomber sur ses pattes. En tout cas, personnellement, j'ai choisi mon camp. C'est quand même à se demander comment Positif a pu l'approuver... Un film d'avant-garde ? On est mal barré...
3/10

mercredi 8 juin 2011

Les invasions barbares : Une évasion barbante ?


La mise en scène est clairement atypique : on la reconnaît comme maladroite et inappropriée car elle ne cadre pas avec le standard d'aujourd'hui, puis on se figure qu'elle est novatrice, comme pour admettre que Denys Arcand fait du nouveau avant l'heure... Un seul exemple des plus visibles : la transition entre les scènes se fait au moyen de fondues qui déforment notre perception des ellipses pour davantage les mettre en exergue. Cette même perception, habituellement « limpide » et sans anicroche, est faussée par le fait même que l'on a intégré l'ellipse comme une composante naturelle du cinéma.
D'une part c'est troublant, et d'autre part cette réalisation « jeuniste » contraste largement avec le propos « cinéma Art et Essai ». Raconter la perte d'un être cher, l'existence parsemée d'embuches et de peines, l'approche de la Mort et en contrepoint l'espérance d'avoir bien vécu sa vie... Autant de thèmes qui se recoupent et confèrent au film un caractère tragique aux encoignures antiques, forcément lyrique, engoncés dans le drame perpétuel du cycle de la Vie.
De A à Z, tout est fait pour susciter l'identification, l'empathie et la compassion, censés idéalement l'emporter sur le capitalisme froid et carnassier, afin que ceux qui occupent encore la Terre ne vivent que mieux leur amour pour y aposer un grand A. Oui, vous l'aurez compris, c'est poétique. Oui, ça donne envie de se draper d'une toge et d'une couronne de fleurs pour se la jouer pastorale bucolique loin de ce monde de fou, dans la nature, loin de la pollution.
Et pour rester dans le puéril, le Canadien s'avère parfois difficile à comprendre, et a certaines sonorités quasi-étrangères, « barbares » pour mieux utiliser le titre à son avantage. Et parlons-en, justement, de ces invasions (de langage) barbares. Partant d'une scène du film où un sociologue pérore sur le 11 Septembre, elles semblent a priori ne désigner en rien l'essence de la narration, et paradoxalement s'appliquer à tout en même temps : il est facile d'y aller de sa métaphore générique applicable à tel ou tel élément remarquable du film.
Le film d'Arcand est un film générationnel : Primo Lévi, Godard, Sartre, Camus, Hugo etc. sont placardés en porte-étendards d'une culture partagée entre tous, à l'écran comme dans la salle. Et si ce n'est pas le cas, ces marques font office de seaux de qualité pour qui voudrait prendre mal à parti ce film inattaquable car fondamentalement bon envers les injustices de ce bas-monde. Comme on le dit si familièrement, chaque âge réserve son type de film, et je n'en suis malheureusement pas encore arrivé là pour oser l'apprécier à sa juste valeur... A moins qu'il s'agisse d'autre chose ?
5/10

mardi 17 mai 2011

The tree of life : Ou le blockbuster de la grenouille de bénitier


Sur le papier, un casting aux petits oignons, un budget qu'on imagine blindé, une longue période de maturation pour un résultat qu'on espère à la hauteur, un grand nom à la réalisation, le souvenir de la Ligne rouge... Et du Nouveau monde. Ah, ça sent déjà moins bon...
Et là, le film. Ca commence pompier, avec des chants religieux, ça s'améliore légèrement au creux, et ça finit largement en emphase. De la BA, il ne reste rien, ou quasiment rien. De ce film sur l'éducation, qui paraissait déjà vu mais augurait du sympathique jaillit une envahissante allégorie de la vie, transcendée par la grâce, ou avilie par la (triste) nature. Je n'invente rien, ce sont les termes employés en adjonction des chants dégoulinants de bons sentiments voluptueux. Et cela ne s'arrête jamais, tout au long du film c'est un prosélytisme insoutenable pour un retour à la foi de ce Sean Penn que nous sommes tous, occidentaux, perdus dans notre cité de verre, attendant avec espoir un retour à la verdure pour reprendre racines familiale et spirituelle.
A priori dans la finesse, la narration use de procédés éhontés d'un lourdingue... De manière récurrente, sont répétées les mêmes allusions gonflantes au père et à la mère, qu'ils soient munis d'une majuscule à l'initiale ou non. C'est sur ce relent avarié de puritanisme américain que repose tout le twist du film, qui s'appuie sur l'évocation du « tuteur » de chaque être, de ce qui l'élève ou qui lui permet de s'élever. Toutefois, alors même qu'on croyait que cette éducation allait à vau-l'eau, qu'il y aurait un renversement de situation, et qu'on assisterait donc à l'application du procédé un peu archétypal employé dans Black Swan, mais somme toute attractif de l'ange qui se transforme en démon, il n'en est rien, et tout retombe à plat au moment même où la sauce commençait à prendre.

Avec un oeil saturé de cinéma traditionnel et formaté, on peut y voir un essai rafraichissant pétri d'images d'Épinal à la 2001, tout en se masturbant insensiblement les neurones puisque la trame ne nous stimule pas suffisamment pour nous distraire de notre monologue intérieur. Mais franchement, non, je préfère ne pas me laisser endormir par ce déballage d'images de clip tout autant propices à la contemplation qu'aliénantes, car il est impossible de me faire sortir de la tête que c'est trop de souffrances sous anesthésie locale pour pas grand-chose. En d'autres termes, il n'y a rien de neuf sous le soleil avec ce cours de catéchisme, ce sermon séduisant aux entournures, qui a pour seule caractéristique remarquable d'être aussi fourbe et perfide que le loup dans la bergerie qu'il jette aux orties dans sa bobine : la figure du père démoniaque mise en opposition de celle de la mère, angélique. S'appliquant à vouloir faire du Gus Van Sant, Malick ne fait rien d'autre que laisser un mauvais arrière-goût d'une compilation mal maîtrisée de Jurassic Park, pour le passage halluciné de la genèse où des dinosaures à la modélisation grotesque surgissent sans crier gare, d'Océans pour ses jolis plans sous-marins, et de Virigin Suicides pour l'American dream faisandé, entre autres...
Ayant l'impression d'avoir été le dindon de la farce, de s'être fait administrer une blague à l'insu de notre plein gré, on en ressort avec l'envie d'en découdre. Un comble pour un film qui se veut mystique et paisible, non ?
3/10

lundi 16 mai 2011

La part des ténèbres : King Romero ? King size !


Littérature, horreur et schizophrénie : un triptyque appétissant qui ne déçoit pas. Alors que la première heure « réaliste » nous oriente sur la piste de la schizophrénie pure et dure, la suite des hostilités réserve des accès fantastiques tout à fait déments. En plus de nous traîner pendant tout le parcours, le guide nous offre de regarder à droite et à gauche pour que chaque passant puisse s'offrir un panorama exotique de ce qu'il cherche dans ce film. Pour moi, une réflexion sur la littérature, de la pensée de soi la plus intimiste (le for intérieur), à l'écriture (et réflexivement la mise en scène) de soi par la biographie, en passant par la remise en cause perpétuelle du scribouilleur qui se figure toujours avec un nouveau jour le « scribouiller bien ».
Mais plus important encore, il fait réfléchir ! Pas de cette réflexion superficielle du style « que vais-je manger ce soir ? » ou bien « ai-je fait tout mon boulot ? », mais plutôt comme un bon bouquin sait le faire : « suis-je totalement sain d'esprit ? », « ai-je le bon comportement, la bonne approche de l'autre au bon moment ? », « est-ce que j'emploie les bons mots ? », « ce que je fais n'est-il pas vain ». Mine de rien, nous inculque une bonne leçon de philo pas faisandée par une autorité gerboulante.
Pas ouf d'un point de vue formel, on s'incline quand même devant la beauté de certains effets, notamment lorsqu'ils représentent un clin d'oeil à la vidéo et par conséquent au cinéma : cf. la scène à l'éclairage du plafonnier alternativement bleu et rouge – RVB/RGB / Matrix etc. si vous voyez ce que je veux dire... Autrement, on reconnaît tout de même la patte de Romero, voyant ci et là dans le maquillage et la manière de tourner le gore des augures des films de zombies qui ont fait sa renommée, bien que la bobine ne fasse ici pas dans le zombie. En fin de compte, si ça vaut le coup de perdre deux heures de son temps, c'est surtout pour l'histoire de Stephen King... Mais quelle histoire !
7/10

dimanche 8 mai 2011

Le corbeau : Le corps, mais surtout l'Esprit


Tout repose sur les convictions éphémères et les incertitudes interstices du spectateur. La paranoïa pénètre les âmes du village et par mimétisme l'esprit du spectateur. A chaque seconde, tout chancelle et est remis en cause : le visage du coupable, la morale, la réputation, l'humanisme... Clouzot se fait l'écho d'une guerre déshumanisé qui vient à peine de se clore, mais surtout d'une chasse aux sorcières menée de front par la plèbe assoiffée de sang, et masquée par le justicier anonymographe. En miroir, Clouzot est l'oiseau de mauvais augure d'un trait d'oeuvre dont il est l'instigateur : à chaque plan il berne son monde et fait accroire aux rumeurs les plus folles ; d'un regard jeté sur un lieu, d'une parole prononcée en équivoque, d'un geste lancé à la rencontre hasardeuse de l'oeil du voyeur... et le suspens n'en finit pas, de la vue de ce que l'on érige bien vite en suspect
Jusqu'à cette fin magistrale qui en dit long tout en ne révélant rien... Et alors la messe est dite en une heure et demie, comme s'il fallait parfaire le tableau jusqu'au bout. Le Corbeau est de ces films qui élèvent, qui enrichissent d'une nouvelle expérience, en tant que cinéphile, mais avant tout en tant qu'être humain. Un classique, assurément, que j'aimerais voir sous un œil venu d'outre-atlantique, pour ne pas avoir à tiquer sur le jeu d'acteurs tellement millimétré qu'il paraît émaner d'un autre âge.
8/10

mercredi 20 avril 2011

Nord : A l'Ouest ?

Une fois enfilé, Nord déboussole. Il désarçonne, même, dans le découpage de son intrigue, qui n'est autre que la quête initiatique de Jomar pour à la fois retrouver son fils, mais aussi retrouver son chemin dans un quotidien morose et terni par les actions répétitives et le confinement à un espace restreint.

Ainsi, contre toute attente, le gros ours ne reste pas tapi et prend la route, sort expressément de sa caverne pour immédiatement être aveuglé par l'aventure et l'annonce d'une nouvelle vie droit devant ses yeux. Aveuglé tel un nouveau-né, qui s'éveille au monde, le personnage campé par un acteur tout trouvé renaît.

Mais cela ne s'arrête bien évidemment pas là, tant le film regorge de références subreptices à l'ethnologie (les rites Indiens) à la culture cinématographique, ou tout bonnement à la Culture ; Nord n'est pas avare en comique de situation, puisque tout est matière à codes et significations cachées. Errant d'un (point de) repère à un autre, il laisse toujours derrière lui l'empreinte de sa maladresse et de sa mauvaise étoile, mais surtout d'un phénix qui semble continuellement renaître des cendres semées depuis un bon bout de temps sur son chemin. De ce fait, il est empreint d'une poésie pas niaise, fait assez rare, qui amplifie la beauté des décors enneigés.

Et pour en remettre une couche (de poudreuse), le thème musical Country intégralement instrumental à la Deadwood (HBO), parcourt tout le film en compagnie de l'alcoolo notoire et met en exergue une personnalité de cow-boy solitaire, ce qui renforce par la même l'impression que rien n'a été laissé au hasard, et donc que le travail de réalisation a été finement accompli.

On assiste à un road-movie qui prend son temps. Et pourtant, les situations se succèdent de manière syncopée. Comme s'il fallait démontrer l'alcoolisme de Jomar, le film titube d'une rencontre improbable à une autre. Paradoxalement, la petite heure talonnée par vingt autre petites minutes passe comme un quart d'heure indiscutablement léché mais pas racoleur. N'est-ce pas l'apanage des bons films ? Sans originalité, je répondrai que oui.

lundi 18 avril 2011

Quand la ville dort...

Après s'être jeté sur le papy en conservant l'eau du bain, un traître mot m'est vite venu à l'esprit. Ni une ni deux, je me disais que Quand la ville dort, The Asphalt Jungle pour son titre ridicule/original/français n'est pas aussi classe en termes de mise en scène que La nuit du chasseur, et pas aussi scénaristiquement fameux que Citizen Kane.

Et pourquoi alors ? Parce que la trame est tournée en priorité vers la psychologie des personnages et en second plan vers la satire sociale. En d'autres termes, l'objet du film se résume en un quart de seconde, prend son temps pour creuser quasi au jour le jour le parcours intérieur comme extérieur de chaque personnage hérité en « types » clairement discernables les uns des autres.

Et puis en vrai chieur, j'ai envie d'arguer que le film pose certains problèmes de réalisme, même dans sa scène principale, qui n'est autre que l'aboutissement de la quête des personnages. La scène du casse, plus précisément, et ce n'est pas la seule, pose un petit soucis quand le fameux « oeil » de rayons laser doit être contourné en rasant le sol cul et chemises à terre pour ne pas se faire griller.

Et pour palper à nouveau du réalisme de perlimpinpin, on peut aller voir du côté de l'interprétation, qui se la joue comme on peut s'y attendre dans une vaine plutôt théâtrale. La vieille école (américaine), dira-t-on, que je préfère toujours à la française, pour son sens de la « force tranquille » emphatique sans être pompière.

Après tout, le problème n'est pas l'évidente qualité cinématographique de ce que l'on a sous les yeux, mais sa pertinence aujourd'hui, alors que bon nombre de films « simulateurs de crime » sont passés et repassés par là, en ouvrant et élargissant toujours un peu plus le sujet, au lieu de se limiter au simple casse, de l'idée couvée jusqu'à l'exécution dans l'œuf.

Et pour le meilleur, parce qu'on maintient quand même le contrat de mariage, on retiendra l'art de soigner les plans fixes, de rendre l'image sombre mais pas trop, en soignant tout autant les contrastes dans cette jungle urbaine de pourris. Certains plans tamisés, en extérieur ou en intérieur, n'ont strictement rien à envier à certains films d'aujourd'hui conçus pour être contemplatifs.

Si je dois être totalement honnête, j'admets vite que ce n'est pas du Hitchcock, mais est-ce vraiment utile de faire la comparaison ? Non. C'est même plutôt con... Mais ça me traversait l'esprit, alors... En moi-même, je me dis que c'est bien dommage que je m'enthousiasme de la présence à l'écran de Marilyn Monroe, alors qu'en toute franchise elle s'avère être la pire d'entre tous. En matière de physionomie féminine ou cinématographique, la puissance du châssis évince tout, que voulez-vous...

jeudi 7 avril 2011

Winter's Bone : Vive les os d'hiver.

Winter's Bone est ce qu'on peut appeler un film à ambiance. Un film « semi-contemplatif » même. Qu'à moitié, car à vrai dire il n'a rien de la « beauté » culturelle qu'on vante tant parmi l'intelligentsia. Dans cette apparente laideur, l'une des plus grandes beauté réside dans une interprétation qui ne fait en aucun cas chavirer la barque à flot dans laquelle est bien malgré lui collé le spectateur.

A y voir de plus près, il est même l'unique film d'horreur à prendre vraiment du crédit au fil de l'aventure. Dans le genre, on peut penser, de loin, à un Calvaire français pas forcément super assumé qui pouvait faire se dresser les zygomatiques. En trompe-l'oeil, la satire sociale de Gummo nous fait de l'oeil en trainant à l'affront de nos chastes yeux ces proto-zombies. Et en parlant de zombies, on pense justement aux films Rob Zombie à la vue de ces « rednecks » enfournés dans ce cadre sauvage planté au milieu de nulle part.

Et le scénario alors ? Eh bien... Il tient pour ainsi dire à rien du tout. Dans le sillon germain de Fighter, l'intrigue est ficelée avec des gants de boxe. Il faut donc croire que la « petite histoire » n'est pas le point fort du film, et que pour aller plus loin encore, elle est somme toute méprisée par la réalisatrice. Au lieu de ça, elle préfère refaire le portrait d'une Amérique profonde moins bovine que dans Délivrance, mais tout aussi barjot et inquiétante. Ainsi, en s'inscrivant dans la suite affinée du succès critique de la réalisation de Boorman, Winter's Bone s'avère, en toute subjectivité mal de foi, pas franchement mémorable.

Au rang des acteurs, on retrouve une collection de seconds rôles croisés dans des séries ou dans d'autres films absents du top des charts. A la proue, l'actrice principale a au moins le mérite d'apaiser de tout son charme, et amène pour le coup une autre touche bienvenue de beauté dans cet océan grisâtre à s'en débecter. Qui a dit La Route ? On n'en est en effet pas trop loin tant la laideur superficielle sus-citée constitue leur lien de parenté. Dans cette demi-teinte pas vomitive, l'audience est globalement séduite donc, persuadée, même, mais pas convaincue.

Bon mais pas mirobolant, Winter's Bone a le mérite de faire réfléchir les psychologues et autres sociologues de tout poil en exposant le cas social d'un patient isolé et frustré. Une souris de labo ? Ni plus ni moins. Ree , c'est le prénom de l'héroïne, est le sujet d'une expérience qui tourne mal et qui pourtant laisse planer l'ombre d'un doute dans un No Man's Land où tout n'est qu'affaire d'impunité. Une allégorie de la conquête de l'Amérique ? Une représentation de ses fondations ? Une image d'épinale de la politique dominatrice qu'elle mène encore à l'heure actuelle ? Des questions, le film en pose, en laisse de côté, et en repose ; parce que sa force est avant tout de susciter l'incompréhension.

Pour sa défense, on peut arguer que je ne l'ai pas vu trois fois, et que je n'ai donc sûrement pas capté tous les axiomes qui font de ce film qu'il est ultime. Mais en engageant toute ma volonté et ma bonne foi, je sûr et certain que la bobine gagne en corps et en âme au fil des visionnement. En définitive, comme l'argumentaire crevé servi ci-présent est à revoir, Winter's Bone est assurément à voir...

samedi 2 avril 2011

Incendies : L'un sang l'autre.

« Les jumeaux » : tada ! C'est comme ça que commence le film qui fait l'objet du quiproquo. De mon quiproquo de courte durée, étant donné l'accent québécois vite de la partie. Globalement, il faut d'ailleurs bien avouer qu'il est plutôt insupportable dans la bouche du fils, messire Simon Marwan. Cela entache passablement la narration et entame même carrément sa compréhension à l'occasion de quelques rares lignes du script tout simplement inintelligibles. C'est dommageable, certes, mais ça n'estompe pas mon enthousiasme à l'égard d'un film que je n'attendais pas aussi bon.

En point d'orgue, le rythme est plus que bien foutu : les séquences d'action et de parlotte se succèdent sans faire d'anicroche. Le montage à base de prolepses et d'analepses est plutôt atypique mais fait montre d'un étalage thématique, pas rébarbatif pour un sou, entre des personnages et des lieux désignés par les mêmes lettres rouges sang impromptues qui barraient l'écran au tout début. Plus qu'un gadget pour cinéphile, cette répartition est clairement ce qui éloigne la propension à bayer aux corneilles devant un thriller dramatique tout ce qu'il y a de plus prévisible.

Car ce que je viens de décrire est tout ce que n'est pas Incendies. Le summum de la classe est même carrément atteint à la toute fin du film, quand ce qu'on attendait comme une annonce des hostilités siège enfin sur son trône en me barrant le visage d'une expression béate. Alors, monsieur, dois-je comprendre que le film serait monté à l'envers ? Oui et non. Oui car tout le récit des péripéties de la mère défunte est enchâssé dans une scène se déroulant « ici et maintenant ». Non, car Incendies fait preuve d'une cohérence et d'une astuce sans nom en retombant sur ses pattes (et pas de derrière, siouplait !).

Dans les sujets qu'il aborde, le film de Villeneuve est de prime abord cosmopolite mais aussi particulièrement vicieux. Cette perversité, on la trouve tout d'abord dans le travail réalisé sur l'image. A la fois belle et sale, elle est le reflet d'un pays déchiré en deux nations entre la Palestine et Israël. En partant de là, la qualité d'image se fait incendière, et « sublime » les atrocités commises et montrées sans pudeur pour subjuguer de réalisme. Après les grands mots, on peut principalement retenir que ce film a des qualités de mise en scène peu communes dans le genre, que son scénario fait preuve d'originalité, mais que malgré tout il n'est pas exempt de quelques longueurs qui font pas mal tirer sur la vue pour parvenir à rester éveillé... Conclusion : tout, tout, tout ; en tout et pour tout, je ne me répéterai jamais assez : Incendies m'a ravi.

jeudi 31 mars 2011

Fighter : Fight Hour

Boxant d'apparence dans la même catégorie que le très bon The Wrestler, Fighter joue pourtant dans une catégorie bien plus joviale. Du drame, bien sûr, il y en a, mais ce n'est jamais larmoyant comme dans le film avec Rourke. Il est plutôt là, latent, transformé en second degré de tout instant. La misère, les errances et les déceptions sont occultés par la volonté de ne pas totalement s'apitoyer sur son sort pour plutôt asséner un bon coup de tatane dans la fourmilière.

Comme prévu (ouï dire, interviews, récompense...), Christian Bale est impressionnant de justesse toute exubérante, jusque dans ses mimiques buccales. Une fois encore, sa transformation corporelle n'est pas accessoire, et l'acteur laisse sa doublure capitonnée au vestiaire pour pleinement s'insérer dans son costume bien serré. Sa bonhommie qui transpire l'humanité donne immanquablement l'envie d'adhérer à sa cause, même s'il arrive qu'au-delà du gai luron qu'il incarne, on voit de nouveau l'acteur possédé du Machinist. En tout état de cause, Mark Wahlberg passe à côté, et à tort, pour un acteur fade, car il est indéniable que son rôle lui impose la réserve. Du coup, on peut dire sans se tromper que ce rôle est tout taillé pour lui, à des bornes et des bornes du semi-craquage nommé Max Payne.

D'un point de vue purement esthétique, l'alternance entre les moments de gloire ou de honte affichés sur le ring détachent la réalisation habituelle de son giron pour la faire entrer dans celui de la représentation « brute » télévisuelle. Ce mélange doux-amer est bienvenu pour remotiver l'intérêt et faire vibrer l'audience devant des combats des plus réalistes. De cette manière, le confirmé en prend pour son grade et le profane ascendant amateur s'invite au fond des gradins pour tâter l'odeur du sang et de la sueur.

Et pourtant... Après la séance, on se demande quand même si la vie d'une star locale qui a viré sa cuti pour la drogue justifiait la réalisation d'un film. Dans la forme, ce dernier se focalise principalement sur les pitreries de Dicky, quand Micky se cantonne à imiter Rocky pour remporter le titre de champion du monde. Versant dans la comédie dramatique, Fighter est donc comme qui dirait un peu le cul entre deux chaises. D'un côté, le périple d'un jeune boxeur en mal de victoires fait accomplir au film son petit bonhomme de chemin de manière assez classique alors que de l'autre les frasques d'un junkie tapent sévère dans le mille pour susciter le rire. Globalement, qu'on aime ou pas, les deux s'entrechoquent donc pour créer une tablette 2 en 1, qui lave plus blanc que blanc ; parce qu'après tout, n'en déplaisent à la communauté asiatique du film, « ils font toujours ça entre eux », comme dirait l'autre...

mercredi 30 mars 2011

World Invasion : Battle Los Angeles

C'est badass, ça transpire la testostérone et la camaraderie. C'est formaté au possible, jusque dans la BO : entre Dark Knight pour les sursauts de tension et Il faut sauver le soldat Ryan pour les moments de bravoure arrangés aux voies blanches toute dégueulasses de puritanisme avarié de chants de grands enfants de choeur. En plus de ça, les moyens pour faire des effets spéciaux époustouflants ne sont pas vraiment au rendez-vous. Des séries comme Stargate ou Battlestar Galactica font facilement mieux le temps d'un épisode de fin de saison.

Ce qui pète vraiment à la gueule, ce ne sont pas les effets spéciaux, non, c'est le fait que le film n'a aucune personnalité. C'est bien simple : jusqu'à voir pour la première fois un extraterrestre de près, on se dit qu'ils ne ressemblent à rien, toujours filmés de loin, endimanchés d'on ne sait quelle manière : C'est des robots ? Ils sont à poil ? C'est quoi ? Une coquille ? Une armure ? Designés comme des poulpes rachitiques, lointains cousins de ceux d'Independence Day, ils ont une gestuelle de l'autre siècle et un charisme proche du néant.

Avec tout ça, ce n'est pas étonnant que le scénario paraisse autant siphonné et téléphoné... ou presque. Le dénouement, qui résout le problème planétaire, constitue l'unique once d'originalité par la sublimation de l'art métonymique qu'il nous offre, à nous, spectateurs privilégiés. Malheureusement, il faut bien avouer qu'une seule surprise pour deux heures de film... C'est bien maigre. Les quelques occurrences d'originalité n'en sont en fait pas. Choisir une femme forte pour un semblant de parité homme/femme ou plutôt d'égalité des sexes est plutôt couillon voire carrément crétin. Ce gisement à pépites n'est pas exploité, ou alors seulement le temps d'une blague de bienvenue, parce qu'après ça vire vite au sexisme, et le comportement de WonderWoman est ni plus ni moins qu'un énorme copier-coller mal démoulé de l'American Soldier « chef oui chef ! ».

Pas de cuisine au top, non, rien que des gamelles pour un vétéran de la guerre en Irak qui en a marre de jouer le commis de la guerre et de ses atrocités, mais qui pour le bien de l'humanité rempile à la plonge et du coup se tape les quolibets des troufions sous son commandement. Et c'est en cela que réside le seul ressort dramatique, plié et pressé maintes et maintes fois. Entendre dire à répétition que la guerre traîne son lot de dommages collatéraux (comprenez macchabées) à cause de hauts gradés qui dans l'urgence sont amenés à faire des choix fatals, à force, c'est lourd.

Vous l'aurez compris à la lecture de son titre inepte à rallonge et de ce pavé mimétique, WI(oui):BLA(blabla), c'est gavant.

lundi 28 mars 2011

Route Irish : La vacuité, c'est tendance.

La bande-annonce laissait entrevoir un Thriller à la fois musclé et porteur d'un véritable message. A la sortie de la séance, on se rend à l'évidence : tous les moments de tension y sont compilés comme pour tout bon film mange-merde. Mais alors, si l'on n'a pas le droit à la chique et au mollard, on pourrait s'attendre à ce que Ken Loach fasse preuve d'esprit d'initiative en nous dégotant un bon scénar'. Que nenni. Au lieu de ça, il empile les leçons de morale et les peintures d'instincts « bad guy » en alternance. Pis, Loach nous prend tellement pour des neuneus qu'il se croit obligé d'expliciter dans les dialogues ce qui n'a pas besoin de l'être.

Et comme si ça ne suffisait pas, le film est monté avec les pieds : certaines scènes de dialogues « ping-pong », autrement appelées « Frankie-Nelson », paraissent incroyablement longues tandis que d'autres sont « zapées » en moins de deux, alors que notre attention est portée sur un détail d’une image. Les scènes donnent l'impression de mal s'enchaîner, de faire preuve d'une sécheresse et d'un manque d'habillage indignes d'une « grosse » production.

En parallèle, la musique est très peu utilisée, et l'est à mauvais compte lorsqu'elle est utilisée pour prétendre souligner quelque-chose avec peine. Aussi, les rares tentatives de faire de l'humour tombent lamentablement à plat. Le film ne fait en aucun cas rire, il déçoit. Globalement, son ton est résolument grave, ce qui rend d'autant plus navrant les fautes de goût délivrées pour mener la fronde contre les véritables méchants dans l'affaire : les plus hauts fonctionnaires de l'Etat Irlandais et autres responsables militaires.

Pour sûr, RI manque de manière flagrante de rythme. La quête du responsable du meurtre de son meilleur ami, qui l'est aussi pour toute une famille Irakienne, est lente et fastidieuse. Certaines scènes ne sont d'ailleurs d'aucune utilité pour faire avancer le schmilblick et nous sortir de ce merdier. Que ce soit dans le bourbier Irakien ou dans le bordel Irlandais, on s'ennuie ferme. Heureusement que le ridicule ne tue pas, car le twist final est à l'image de tout le film. Complétement absurde, il tombe comme un cheveu sur la soupe sans faire de vagues.

dimanche 27 mars 2011

Persepolis : Court d'Histoire, long de clichés.

Je partais avec un a priori négatif. Après quelques minutes, j'ai révisé mon jugement pour apprécier l'univers pas si niais et rondouillard que j'imaginais. Puis je me suis ravisé. Tout au contraire, mes préjugés sont loin de tous s'être avérés faux : sous le cours d'Histoire politique Iranienne du siècle passé, Persepolis est bel et bien un film à divertissement simple et réducteur. Quand certaines scènes pourraient couper le fromage au carré, le film prend la tangente en coupant à travers champ. Dommage, car Persepolis perd de sa crédibilité lorsqu'il appelle dès le début à combattre les extrémismes de toute sorte. Etrange manière d'appeler les gens à la Raison quand il choisit le biais du manichéisme et de la caricature... A l'image de ce noir et blanc quasi-omniprésent. Je veux bien admettre qu'il s'agit d'un style, et qu'en ce sens le film est entièrement cohérent avec l'oeuvre d'origine, mais aussi le postulat qu'il développe.

Mais à vouloir tracer de trop grosses pistes pour nous les faire avaler en eaux de boudin, il perd de sa superbe et de son intérêt à mesure que l'intrigue d'une vie racontée de l'enfance au début de l'âge adulte défile. La petite histoire d'amours contrariées prend alors le pas sur la grande Histoire, qui cède sa place à des considérations et vérités générales pessimistes du style « sois intègre à toi-même » ou « en Europe tu peux crever dans la rue, tout le monde s'en fout ». A force de faire le malin qui se démarque, le film tombe dans le commun et l'aseptisé. Une flopée d'éjaculations précoces pour chier une nouvelle fois sur les barbus ? Je pense. D'accord, le film est pas mal axé sur l'humour, qu'on y adhère ou pas. OK, il a ce cynisme et cet humour noir que pourtant j'affectionne tant... Mais rien n'y fait, ça ne cache pas ses vilains défauts comme cette verrue de sagesse sur le pif de Marjane.

Persep' est agréable pour la leçon d'histoire servie pour pas cher en terme de temps, mais c'est à se demander quelle est la réelle valeur ajoutée par rapport à un « Il était une fois l'histoire » matable un matin de lève-tôt sur Gulli. Là j'aurais au moins de quoi m'instruire sans avoir à me taper des histoires d'amours à 2 francs 50 fades et simplettes, fussent-elles malheureuses. D'ailleurs, quitte à avoir l'expérience d'un film profond et assez lent pour développer une atmosphère et une psychologie, autant se rabattre sur l'autre animé nommé Valse avec Bachir, qui lui au moins présentait un intérêt cinématographique tout en étant didactique. Aujourd'hui le vrai problème, c'est que la pognophobie est bien là, vivante, et ça tout le monde s'en fout.

jeudi 24 mars 2011

Les cerfs-volants de Kaboul : Manhattan>Kaboul

Coupé en deux plutôt brutalement, Les Cerfs-Volants de Kaboul se partage entre l'enfance et l'âge adulte du fils d'un notable Afghan contraint de quitter sa patrie au moment de l'invasion des Soviétiques. A la manière d'un Slumdog Millionnaire, le film donne d'abord à voir deux gosses entichés l'un de l'autre. Pourtant séparés par leurs conditions respectives de maître et serviteur, ils abolissent les frontières au nom d'une amitié qu'on croit sans bornes.

Et c'est précisément là que ça devient intéressant, et non plus lénifiant comme mon introduction mielleuse pouvait le laisser entendre. L'idylle vire vite à la crasse, quand le lâche « fils de » lâche vite son domestique par peur d'y laisser sa peau ; ou au moins d'y gagner quelques gnons et ecchymoses. La chute de la famille s'accélère alors, passant de l'allégresse d'une vie ensoleillée et presqu'oisive à l'âpre contemplation de la débandade de toute une nation. Les cerfs-volants ne voleront dès lors jamais plus, des bolchéviques aux vilains Talibans barbus.

Le contexte politique qui enrobe une grande amitié ou une petite histoire d'amour platonique entre les deux gamins sert de prétexte à la quête finalement assez banale et courue, dans sa forme la plus pure, d'une tierce personne et par la même d'une identité. Heureusement, les images filmées depuis le ciel sont époustouflantes d'authenticité. Et puis, ce n'est pas que le film facilite mon penchant à jouer le blasé, mais j'ai le sentiment qu'il manque d'une part sa vocation documentaire et que d'autre part il pêche par excès de zèle, en ayant un pied dans le manichéisme et l'autre dans l'éveil de conscience des spectateurs.

Pas épargné par la cuculerie ou les niaiseries en tout genre, il s'avère que le résultat est pas si mal pour un film dont on n'attend pas grand-chose, si ce n'est qu'il respecte le roman original (que je n'ai de toute manière pas lu). Après coup et réflexion, il est même indéniable qu'on passe un bon moment, et que le film passe plutôt vite grâce au voyage pour trois fois une bouchée de pain qu'il permet.

mercredi 23 mars 2011

True Grit : Les « guts » au trou ?

La patte Coen grasse et lourde empreintée sur le terrain désertique et déserté du grand Ouest. La prestation de Jeff Bridges, rembauché après Big Lebowski, vaut son pesant de cacahuètes et sert grandement le comique bouffon si caractéristique des comédies Coeniennes. Car là encore, on s'y retrouve. Arpentant des terrains connus, on est jouasse de retrouver un ami pas vu depuis un demi- bail.

Pourtant, l'amitié a un peu perdu de sa superbe avec le temps. Par exemple, la dernière visite n’est pas aussi trépidante que l’était en son temps No Country For Old Man. S’il n’y a pas de véritable surprise, l’étonnement tient paradoxalement en ce qui caractérise le film et qui pourtant lui manque cruellement. Je m'explique : d'accord, les incartades loufoques plantées dans un univers battu et rabattu prennent le spectateur de court, mais ces dernières n’estomaquent jamais vraiment par leur originalité.

Et quand on ne pense pas à une influence cinématographique de la paire, on pense directement à un de leurs anciens films. Un seul exemple des plus parlants : la scène d'exécution dans le refuge par Rooster (le premier rôle) fait directement écho à la scène de la penderie où Clooney assassine Pitt dans Burn After Reading. En parlant d’influence, on détecte aussi une grosse pincée de Monty Python estampillée Sacré Graal, lorsqu'apparaît inopinément l’apothicaire ambulant à la tête d'ours, juste un peu plus louche que le reste ; tant on le soupçonne d'être nécrophile.

Au final, si on passe un excellent moment de pitrerie mi-sordide mi-potache, on n'en garde pas un souvenir ému pour autant. En voulant revisiter le Western en se targuant non pas d’un remake mais d’une « re-creation », les Coen choisissent la facilité en transvasant leur art typique de la comédie avec une certaine paresse qui n'empêche toutefois pas le résultat de faire mouche. Au moins, on peut s'enorgueillir que les deux heures passent suffisamment vite pour que l’on ne sourcille pas d'un poil dru.