mardi 14 juin 2011
Les valseuses : "On n'est pas bien là ?"
jeudi 5 mai 2011
Coup de tête : "Coup de boule coup de boule".
Ca pue le ringardos à 100 m quand on agite la jaquette au vent... Et pourtant ça a conservé de beaux restes, et ça n'a rien à jalouser aux ch'tis timorés et navrants de puérilité comique. Pas que ça brille d'intelligence, certaines scènes sont d'ailleurs d'un humour franchement con, mais l'humour est toujours assez noir et cynique pour rester accroché à la caravane sans y voir un énième succédané des Bronzés 1,2,3 (+ 10.000 rediffusions à la téloche). En d'autres termes, l'humour est bien souvent assez subversif pour que le rire reste franc et de bon coeur.
Dans l'écurie des otaries singeant devant la caméra, tout est outrageusement, mais ouvertement, basé sur la performance de Dewaere : de A à Z il mène la danse et élude tout personnage secondaire pour ne retenir que ses frasques, sa chute libre, son for intérieur (symbolisé par la voix-off), et sa forte personnalité. Il est quasiment le seul à sonner plutôt juste. Ses regards en disent longs, ses de faciès font mouche. En ayant eu un petit cours d'histoire Dewaerienne 5 minutes avant la projection, il est facile de se dire que ce rôle n'a pas été écrit pour un personnage mais pour un acteur. Qui a dit Poelvoorde dans Astérix & Obélix aux JO ?
Mise en scène : que dalle, R.A.S. Voilà, c'est tout. Ah si ! Quelques gags ne seraient rien sans ce fameux (ou fumeux ?) arrangement de la caméra du cinéaste (cf. la scène du début
Le thème musical principal labellisé « années 80 » est caractéristique des comédies guignoles retraçant le parcours d'un pov'type à qui il arrive plein d'événements malencontreux. A la longue, l'air reste en tête et finit par nous les pomper... Jusqu'à avoir l'espoir de voir un film mémorable dans les baskets. Quand aujourd'hui ça bat de l'aile, on en oublie que certaines comédies d'antan avaient de la cuisse.
mercredi 20 avril 2011
Nord : A l'Ouest ?
Une fois enfilé, Nord déboussole. Il désarçonne, même, dans le découpage de son intrigue, qui n'est autre que la quête initiatique de Jomar pour à la fois retrouver son fils, mais aussi retrouver son chemin dans un quotidien morose et terni par les actions répétitives et le confinement à un espace restreint.
Ainsi, contre toute attente, le gros ours ne reste pas tapi et prend la route, sort expressément de sa caverne pour immédiatement être aveuglé par l'aventure et l'annonce d'une nouvelle vie droit devant ses yeux. Aveuglé tel un nouveau-né, qui s'éveille au monde, le personnage campé par un acteur tout trouvé renaît.
Mais cela ne s'arrête bien évidemment pas là, tant le film regorge de références subreptices à l'ethnologie (les rites Indiens) à la culture cinématographique, ou tout bonnement à la Culture ; Nord n'est pas avare en comique de situation, puisque tout est matière à codes et significations cachées. Errant d'un (point de) repère à un autre, il laisse toujours derrière lui l'empreinte de sa maladresse et de sa mauvaise étoile, mais surtout d'un phénix qui semble continuellement renaître des cendres semées depuis un bon bout de temps sur son chemin. De ce fait, il est empreint d'une poésie pas niaise, fait assez rare, qui amplifie la beauté des décors enneigés.
Et pour en remettre une couche (de poudreuse), le thème musical Country intégralement instrumental à la Deadwood (HBO), parcourt tout le film en compagnie de l'alcoolo notoire et met en exergue une personnalité de cow-boy solitaire, ce qui renforce par la même l'impression que rien n'a été laissé au hasard, et donc que le travail de réalisation a été finement accompli.
On assiste à un road-movie qui prend son temps. Et pourtant, les situations se succèdent de manière syncopée. Comme s'il fallait démontrer l'alcoolisme de Jomar, le film titube d'une rencontre improbable à une autre. Paradoxalement, la petite heure talonnée par vingt autre petites minutes passe comme un quart d'heure indiscutablement léché mais pas racoleur. N'est-ce pas l'apanage des bons films ? Sans originalité, je répondrai que oui.
mercredi 23 mars 2011
True Grit : Les « guts » au trou ?
La patte Coen grasse et lourde empreintée sur le terrain désertique et déserté du grand Ouest. La prestation de Jeff Bridges, rembauché après Big Lebowski, vaut son pesant de cacahuètes et sert grandement le comique bouffon si caractéristique des comédies Coeniennes. Car là encore, on s'y retrouve. Arpentant des terrains connus, on est jouasse de retrouver un ami pas vu depuis un demi- bail.
Pourtant, l'amitié a un peu perdu de sa superbe avec le temps. Par exemple, la dernière visite n’est pas aussi trépidante que l’était en son temps No Country For Old Man. S’il n’y a pas de véritable surprise, l’étonnement tient paradoxalement en ce qui caractérise le film et qui pourtant lui manque cruellement. Je m'explique : d'accord, les incartades loufoques plantées dans un univers battu et rabattu prennent le spectateur de court, mais ces dernières n’estomaquent jamais vraiment par leur originalité.
Et quand on ne pense pas à une influence cinématographique de la paire, on pense directement à un de leurs anciens films. Un seul exemple des plus parlants : la scène d'exécution dans le refuge par Rooster (le premier rôle) fait directement écho à la scène de la penderie où Clooney assassine Pitt dans Burn After Reading. En parlant d’influence, on détecte aussi une grosse pincée de Monty Python estampillée Sacré Graal, lorsqu'apparaît inopinément l’apothicaire ambulant à la tête d'ours, juste un peu plus louche que le reste ; tant on le soupçonne d'être nécrophile.
Au final, si on passe un excellent moment de pitrerie mi-sordide mi-potache, on n'en garde pas un souvenir ému pour autant. En voulant revisiter le Western en se targuant non pas d’un remake mais d’une « re-creation », les Coen choisissent la facilité en transvasant leur art typique de la comédie avec une certaine paresse qui n'empêche toutefois pas le résultat de faire mouche. Au moins, on peut s'enorgueillir que les deux heures passent suffisamment vite pour que l’on ne sourcille pas d'un poil dru.
mercredi 16 mars 2011
Le bruit des glaçons : Glaçons, l'addition !
Meilleure bizarrerie comique (et française !) depuis un bail. Régnant par l'absurde, Le bruit des glaçons est dans la droite lignée d'autres perles françaises que sont Buffet froid et Série noire. Côté marionnettes, le trublion Albert Duponthel remplit à la perfection son rôle de cancer pot de colle. Qui colle à la peau, aux baskets, comme un pou qui de ses bonds brasse beaucoup d'air pour détourner l'attention de l'heure fatidique : de l'écrivain alcoolo et de la fin du film, qui signe peut-être aussi notre arrêt de mort, à une date qui nous est pour l'instant inconnue.
Et parce qu'il faut aussi que la petite croisière arrête de nous amuser au long de ce fleuve tranquille, quelques détails font dégriser les zygomatiques. Au top de la liste des griefs : le jeu des acteurs, qui pour résumer n'est pas irréprochable. Jean Dujardin est en petite forme (c'est le cas de le dire ?), son fils dans le film a tendance à faire du mauvais pataquesse, et la bonne donne l'impression d'être pilotée par une actrice logée à la « vieille école » théâtrale par certaines de ses intonations. A la longue, le phrasé passe, et on n'y fait plus trop attention, mais encore une fois on ne peut s'empêcher de faire la comparaison avec la production outre-atlantique.
L'esprit irrévérencieux et canaille y fait cependant tellement que le tout est à s'en lécher les babines. L'ensemble chimique réagit grâce à un humour noir bien frappé qui fait remuer ces agités du citron autour du cancer, maladie numéro un dans le cœur (ou plutôt le cerveau ici) des français. Le long-métrage plutôt court épouse parfaitement le format standard de la comédie placé sous la barre des 1h30. Pendant ce temps, Blier s'amuse avec le spectateur, Blier partage, Blier contente, Blier régale. Blier épate. Il susurre à l'oreille du malade affalé dans son fauteuil que dans la vie comme dans le seau, la mort frappe autant qu'elle refroidit. Décidément, le titre est tout (bien tout honneur) trouvé.
jeudi 17 février 2011
Burn After Reading : Aussitôt vu, aussitôt oublié.
Moins noir et plus fanfaron qu’A Serious Man, BAR possède à quelques égards les contours âpres et brutaux de No Country For Old Men. Et grand bien lui en fasse, car c’est tout particulièrement ce qui le rend jouissif…
Très axé sur le comique de répétition, un peu porté sur le comique de geste, le film est une bonne grosse farce outrageusement racoleuse sur la trivialité et la versatilité des rapports humains et a fortiori des relations amoureuses arrangées autour du mariage. La caricature développée à l’écran expose des fantoches mus par des névroses et autres obsessions boursouflées de schématisme. Clooney est un dragueur marié invétéré, Pitt est un sportif omnibulé par le maintien de sa silhouette, et la méconnue McDormand (vue dans Fargo) est une quinqua défraichie qui a le ravalement de façade pour seule idée fixe.
Tous trois forment un trio infernal qui s’entremêle au gré de péripéties qui semblent émerger par le fruit du hasard. Instantanéité et fraîcheur caractérisent un scénario échevelé aux antipodes d’une « bonne » intrigue communément tirée par les cheveux. A titre d’exemple criant de vérité, cette blague version longue dénuée de poil sur le caillou a pour point d’orgue une fin sans queue ni tête… comme toute bonne prod ès Coen qui se respecte ? Le terme d’ « impulsivité » est donc ce qui qualifie on ne peut mieux un film dont la seule ligne de conduite est l’absurde.
A terme, on accouche d’un assez bon film mais d’un film moyen pour les frères Coen. Plus triste, cette comédie ne remplit pas à temps plein son rôle premier de machine à rires, et par conséquent ne laissera pas un souvenir impérissable…
jeudi 6 janvier 2011
South Park : Balade dominicale au Sud du Paradis.
Une salle de cour, des élèves qui s'emmerdent, une discussion sur ce qu'ils ont hâte de mater à la télé une fois rentrés chez eux s'engage. South Park devient vite le sujet de leur préoccupation.
Anti : South Park c'est qu'une tonne de gros mots et d'injures !
Pro : Non, SP est un divertissement pour un public averti, et supposé adulte, n'ayant toujours pas vraiment fini sa crise d'adolescence mais avec un coeur et un goût de l'absurde au 3000ème degré gros comme ça. Alors oui, il y a des mots d'oiseaux, mais ils ne sont là que pour appuyer le comique de situation, et joindre au rictus un râle de gêne rarement extirpé par les comédies.
Pro2, inspiré, en train de faire ses lacets : Et puis South Park c'est un générique qui fait mouche dès les premières secondes, et qui entête pour l'éternité ; que ce soit en VF ou en VO.
Pro3, dans le fond, un doigt dans le nez : Trop !
Anti : South Park est immoral !
Pro : Faux, SP a SA morale ; dispensée le plus souvent à la fin des épisodes, de manière explicite. C'est celle qui gît dans l'étique, celle qu'on a oublié depuis longtemps derrière le scriptum d'une Loi dont la justice est à certains égards totalement inique.
Anti : Tu peux dire ce que tu veux, South Park n'est pas aussi intelligent que les Simpsons.
Pro : SP ne prend pas de gant, et c'est donc pour ça que les opposants se saisissent très facilement du baton pour battre en retour une série animée comique (et maso) qui ne demande que ça. Pas moins intelligente, elle ne mâche pas ses mots et assume donc de passer pour une grande gueule dépourvue de "sagesse silencieuse".
Anti : Peut-être mais si SP n'a pas le même succès, y'a sûrement une raison. Et puis, je suis sûr qu'ils ne se moquent pas aussi bien des trous du cul américains.
Pro : Détrompe-toi, c'est justement tout le propos de SP. De Springfield à la ville de South Park, il n'y a qu'un pas. Les parodies de ruraux vus dans SP sont tout aussi caricaturales, voire plus, que celles croisées dans les Simpsons. A mon sens, ces dernières sont mêmes plus fades et moins "fantaisistes" que les invraisemblables phénomènes de SP.
Anti : Ouais mais voilà ! SP c'est n'importe-quoi...
Pro : Oh que oui ! Et on peut dire que c'est ça qui donne tout son caché à une série à nulle autre pareille. Mecha-Streisand, Al Super Gay, le chef violeur d'enfants, les animaux de Noël... Que de souvenirs portés par un imaginaire iconoclaste qui ouvre nos champs de perspective.
Anti : Ouais enfin SP c'est moche...
Pro : C'est ce qui fait son charme "artisanal". Son design artistique anarchique lui confère une saveur qui sied à ses histoires truculentes et capilotractées. Reste que son style "tout pourri" est inimitable, et a même bénéficié d'améliorations de numérisation plus poussés au fil des saisons.
Anti : Gna gna gna, tu trouveras toujours un truc à dire.
Pro : Oui, car South Park est un sujet de discussion aussi vaste que sans fond. L'inversion des rôles entre adultes et enfants, la rigueur et les aspérités des relations sociales, la dénonciation de problèmes internationaux majeurs sans même donner l'impression d'y toucher... Sont autant d'éléments qui impliquent de voir la série autrement que sous ses dehors âpres et vulgaires.
Pro3, s'emparant avec vivacité du mot de la fin : South Park, ça troue l'cul !