jeudi 9 juin 2011
Detective Dee : Il faut toujours se fier à son instinct
jeudi 7 avril 2011
Winter's Bone : Vive les os d'hiver.
Winter's Bone est ce qu'on peut appeler un film à ambiance. Un film « semi-contemplatif » même. Qu'à moitié, car à vrai dire il n'a rien de la « beauté » culturelle qu'on vante tant parmi l'intelligentsia. Dans cette apparente laideur, l'une des plus grandes beauté réside dans une interprétation qui ne fait en aucun cas chavirer la barque à flot dans laquelle est bien malgré lui collé le spectateur.
A y voir de plus près, il est même l'unique film d'horreur à prendre vraiment du crédit au fil de l'aventure. Dans le genre, on peut penser, de loin, à un Calvaire français pas forcément super assumé qui pouvait faire se dresser les zygomatiques. En trompe-l'oeil, la satire sociale de Gummo nous fait de l'oeil en trainant à l'affront de nos chastes yeux ces proto-zombies. Et en parlant de zombies, on pense justement aux films Rob Zombie à la vue de ces « rednecks » enfournés dans ce cadre sauvage planté au milieu de nulle part.
Et le scénario alors ? Eh bien... Il tient pour ainsi dire à rien du tout. Dans le sillon germain de Fighter, l'intrigue est ficelée avec des gants de boxe. Il faut donc croire que la « petite histoire » n'est pas le point fort du film, et que pour aller plus loin encore, elle est somme toute méprisée par la réalisatrice. Au lieu de ça, elle préfère refaire le portrait d'une Amérique profonde moins bovine que dans Délivrance, mais tout aussi barjot et inquiétante. Ainsi, en s'inscrivant dans la suite affinée du succès critique de la réalisation de Boorman, Winter's Bone s'avère, en toute subjectivité mal de foi, pas franchement mémorable.
Au rang des acteurs, on retrouve une collection de seconds rôles croisés dans des séries ou dans d'autres films absents du top des charts. A la proue, l'actrice principale a au moins le mérite d'apaiser de tout son charme, et amène pour le coup une autre touche bienvenue de beauté dans cet océan grisâtre à s'en débecter. Qui a dit La Route ? On n'en est en effet pas trop loin tant la laideur superficielle sus-citée constitue leur lien de parenté. Dans cette demi-teinte pas vomitive, l'audience est globalement séduite donc, persuadée, même, mais pas convaincue.
Bon mais pas mirobolant, Winter's Bone a le mérite de faire réfléchir les psychologues et autres sociologues de tout poil en exposant le cas social d'un patient isolé et frustré. Une souris de labo ? Ni plus ni moins. Ree , c'est le prénom de l'héroïne, est le sujet d'une expérience qui tourne mal et qui pourtant laisse planer l'ombre d'un doute dans un No Man's Land où tout n'est qu'affaire d'impunité. Une allégorie de la conquête de l'Amérique ? Une représentation de ses fondations ? Une image d'épinale de la politique dominatrice qu'elle mène encore à l'heure actuelle ? Des questions, le film en pose, en laisse de côté, et en repose ; parce que sa force est avant tout de susciter l'incompréhension.
Pour sa défense, on peut arguer que je ne l'ai pas vu trois fois, et que je n'ai donc sûrement pas capté tous les axiomes qui font de ce film qu'il est ultime. Mais en engageant toute ma volonté et ma bonne foi, je sûr et certain que la bobine gagne en corps et en âme au fil des visionnement. En définitive, comme l'argumentaire crevé servi ci-présent est à revoir, Winter's Bone est assurément à voir...
samedi 2 avril 2011
Incendies : L'un sang l'autre.
« Les jumeaux » : tada ! C'est comme ça que commence le film qui fait l'objet du quiproquo. De mon quiproquo de courte durée, étant donné l'accent québécois vite de la partie. Globalement, il faut d'ailleurs bien avouer qu'il est plutôt insupportable dans la bouche du fils, messire Simon Marwan. Cela entache passablement la narration et entame même carrément sa compréhension à l'occasion de quelques rares lignes du script tout simplement inintelligibles. C'est dommageable, certes, mais ça n'estompe pas mon enthousiasme à l'égard d'un film que je n'attendais pas aussi bon.
En point d'orgue, le rythme est plus que bien foutu : les séquences d'action et de parlotte se succèdent sans faire d'anicroche. Le montage à base de prolepses et d'analepses est plutôt atypique mais fait montre d'un étalage thématique, pas rébarbatif pour un sou, entre des personnages et des lieux désignés par les mêmes lettres rouges sang impromptues qui barraient l'écran au tout début. Plus qu'un gadget pour cinéphile, cette répartition est clairement ce qui éloigne la propension à bayer aux corneilles devant un thriller dramatique tout ce qu'il y a de plus prévisible.
Car ce que je viens de décrire est tout ce que n'est pas Incendies. Le summum de la classe est même carrément atteint à la toute fin du film, quand ce qu'on attendait comme une annonce des hostilités siège enfin sur son trône en me barrant le visage d'une expression béate. Alors, monsieur, dois-je comprendre que le film serait monté à l'envers ? Oui et non. Oui car tout le récit des péripéties de la mère défunte est enchâssé dans une scène se déroulant « ici et maintenant ». Non, car Incendies fait preuve d'une cohérence et d'une astuce sans nom en retombant sur ses pattes (et pas de derrière, siouplait !).
Dans les sujets qu'il aborde, le film de Villeneuve est de prime abord cosmopolite mais aussi particulièrement vicieux. Cette perversité, on la trouve tout d'abord dans le travail réalisé sur l'image. A la fois belle et sale, elle est le reflet d'un pays déchiré en deux nations entre la Palestine et Israël. En partant de là, la qualité d'image se fait incendière, et « sublime » les atrocités commises et montrées sans pudeur pour subjuguer de réalisme. Après les grands mots, on peut principalement retenir que ce film a des qualités de mise en scène peu communes dans le genre, que son scénario fait preuve d'originalité, mais que malgré tout il n'est pas exempt de quelques longueurs qui font pas mal tirer sur la vue pour parvenir à rester éveillé... Conclusion : tout, tout, tout ; en tout et pour tout, je ne me répéterai jamais assez : Incendies m'a ravi.
jeudi 31 mars 2011
Fighter : Fight Hour
Boxant d'apparence dans la même catégorie que le très bon The Wrestler, Fighter joue pourtant dans une catégorie bien plus joviale. Du drame, bien sûr, il y en a, mais ce n'est jamais larmoyant comme dans le film avec Rourke. Il est plutôt là, latent, transformé en second degré de tout instant. La misère, les errances et les déceptions sont occultés par la volonté de ne pas totalement s'apitoyer sur son sort pour plutôt asséner un bon coup de tatane dans la fourmilière.
Comme prévu (ouï dire, interviews, récompense...), Christian Bale est impressionnant de justesse toute exubérante, jusque dans ses mimiques buccales. Une fois encore, sa transformation corporelle n'est pas accessoire, et l'acteur laisse sa doublure capitonnée au vestiaire pour pleinement s'insérer dans son costume bien serré. Sa bonhommie qui transpire l'humanité donne immanquablement l'envie d'adhérer à sa cause, même s'il arrive qu'au-delà du gai luron qu'il incarne, on voit de nouveau l'acteur possédé du Machinist. En tout état de cause, Mark Wahlberg passe à côté, et à tort, pour un acteur fade, car il est indéniable que son rôle lui impose la réserve. Du coup, on peut dire sans se tromper que ce rôle est tout taillé pour lui, à des bornes et des bornes du semi-craquage nommé Max Payne.
D'un point de vue purement esthétique, l'alternance entre les moments de gloire ou de honte affichés sur le ring détachent la réalisation habituelle de son giron pour la faire entrer dans celui de la représentation « brute » télévisuelle. Ce mélange doux-amer est bienvenu pour remotiver l'intérêt et faire vibrer l'audience devant des combats des plus réalistes. De cette manière, le confirmé en prend pour son grade et le profane ascendant amateur s'invite au fond des gradins pour tâter l'odeur du sang et de la sueur.
Et pourtant... Après la séance, on se demande quand même si la vie d'une star locale qui a viré sa cuti pour la drogue justifiait la réalisation d'un film. Dans la forme, ce dernier se focalise principalement sur les pitreries de Dicky, quand Micky se cantonne à imiter Rocky pour remporter le titre de champion du monde. Versant dans la comédie dramatique, Fighter est donc comme qui dirait un peu le cul entre deux chaises. D'un côté, le périple d'un jeune boxeur en mal de victoires fait accomplir au film son petit bonhomme de chemin de manière assez classique alors que de l'autre les frasques d'un junkie tapent sévère dans le mille pour susciter le rire. Globalement, qu'on aime ou pas, les deux s'entrechoquent donc pour créer une tablette 2 en 1, qui lave plus blanc que blanc ; parce qu'après tout, n'en déplaisent à la communauté asiatique du film, « ils font toujours ça entre eux », comme dirait l'autre...
mercredi 30 mars 2011
World Invasion : Battle Los Angeles
C'est badass, ça transpire la testostérone et la camaraderie. C'est formaté au possible, jusque dans la BO : entre Dark Knight pour les sursauts de tension et Il faut sauver le soldat Ryan pour les moments de bravoure arrangés aux voies blanches toute dégueulasses de puritanisme avarié de chants de grands enfants de choeur. En plus de ça, les moyens pour faire des effets spéciaux époustouflants ne sont pas vraiment au rendez-vous. Des séries comme Stargate ou Battlestar Galactica font facilement mieux le temps d'un épisode de fin de saison.
Ce qui pète vraiment à la gueule, ce ne sont pas les effets spéciaux, non, c'est le fait que le film n'a aucune personnalité. C'est bien simple : jusqu'à voir pour la première fois un extraterrestre de près, on se dit qu'ils ne ressemblent à rien, toujours filmés de loin, endimanchés d'on ne sait quelle manière : C'est des robots ? Ils sont à poil ? C'est quoi ? Une coquille ? Une armure ? Designés comme des poulpes rachitiques, lointains cousins de ceux d'Independence Day, ils ont une gestuelle de l'autre siècle et un charisme proche du néant.
Avec tout ça, ce n'est pas étonnant que le scénario paraisse autant siphonné et téléphoné... ou presque. Le dénouement, qui résout le problème planétaire, constitue l'unique once d'originalité par la sublimation de l'art métonymique qu'il nous offre, à nous, spectateurs privilégiés. Malheureusement, il faut bien avouer qu'une seule surprise pour deux heures de film... C'est bien maigre. Les quelques occurrences d'originalité n'en sont en fait pas. Choisir une femme forte pour un semblant de parité homme/femme ou plutôt d'égalité des sexes est plutôt couillon voire carrément crétin. Ce gisement à pépites n'est pas exploité, ou alors seulement le temps d'une blague de bienvenue, parce qu'après ça vire vite au sexisme, et le comportement de WonderWoman est ni plus ni moins qu'un énorme copier-coller mal démoulé de l'American Soldier « chef oui chef ! ».
Pas de cuisine au top, non, rien que des gamelles pour un vétéran de la guerre en Irak qui en a marre de jouer le commis de la guerre et de ses atrocités, mais qui pour le bien de l'humanité rempile à la plonge et du coup se tape les quolibets des troufions sous son commandement. Et c'est en cela que réside le seul ressort dramatique, plié et pressé maintes et maintes fois. Entendre dire à répétition que la guerre traîne son lot de dommages collatéraux (comprenez macchabées) à cause de hauts gradés qui dans l'urgence sont amenés à faire des choix fatals, à force, c'est lourd.
Vous l'aurez compris à la lecture de son titre inepte à rallonge et de ce pavé mimétique, WI(oui):BLA(blabla), c'est gavant.
lundi 21 mars 2011
Revenge : Surprise pas partie.
Ca pour une surprise… C’est une surprise ! Revenge fait partie de ces films dont on n’attend rien. Dont on n’a pas entendu parler et qui sortent de nulle part. Suédois ou plutôt Danois ? Nordique, pour sûr… Le film est séquencé de telle manière que les scènes laissent assez de place à l’interprétation personnelle et à la réflexion pendant et après le film. La variété des décors entre l’Afrique et le Danemark instaure une dynamique efficace et rafraîchissante. Certains diront qu’on frôle l’incohérence, tant les paysages représentent le jour et la nuit ; jusqu’à se perdre entre ce qu’on interprète comme le rêve et ce qui constitue en vérité la réalité...
Entre urbanisme galopant et désert mortifiant, l’intégrité de la vie d’un homme est en jeu : son honneur, ses valeurs, sa famille… Tout chancelle à l’intérieur et autour de lui : son fils brimé en chie pour se faire respecter à l’école en tant qu’immigré Suédois, et ses mauvaises fréquentations le conduisent lentement mais sûrement à une chute inéluctable. Que ce soit celle de son meilleur ami proto-psychopathe, de sa mère ou d’un parfait inconnu, chaque vengeance personnelle, à petite ou grande échelle, est une invitation à se regarder en tant qu’individu singulier et pluriel. Je m’explique : à travers le père comme le fils, dans les deux familles mises en parallèle, les sentiments antagonistes d’amour et de colère se croisent sans jamais friser la putasserie ; si bien qu’il est aisé de voir un peu de soi à travers chacun et ainsi de prendre intégralement part au film : dans sa compréhension littérale comme dans notre lecture entre les lignes. Sur ce point, Revenge est donc la synthèse parfaite de ce qu’un bon film devrait faire à tous les coups.
Et sur une autre gamme, les acteurs ne laissent jamais s’échapper une fausse note. Si bien que l’acteur principal fera fondre de joie et de larmes toute damoiselle enflammée par de beaux yeux lagons. Malheureusement, Revenge rate aussi, et de peu, la marche le conduisant au statut de « très bon film », en trébuchant malencontreusement à la dernière marche de l’escalator du « beau plan ». Ce n’est pas peu dire que la plupart d’entre eux font sacrément amateurs : zooms tous azimuts et mal dégrossis, tremblotte made in Parkinson, champs/contre-champs parfois maladroits… Heureusement, la subjectivité y fait beaucoup et l’on oublie vite de théoriser devant ce que l’on identifie comme des bémols esthétiques pour se concentrer sur une intrigue à la fois pêchue et cérébrale. Alors au final, une réussite, oui, mais pas trop…