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dimanche 27 mars 2011

Persepolis : Court d'Histoire, long de clichés.

Je partais avec un a priori négatif. Après quelques minutes, j'ai révisé mon jugement pour apprécier l'univers pas si niais et rondouillard que j'imaginais. Puis je me suis ravisé. Tout au contraire, mes préjugés sont loin de tous s'être avérés faux : sous le cours d'Histoire politique Iranienne du siècle passé, Persepolis est bel et bien un film à divertissement simple et réducteur. Quand certaines scènes pourraient couper le fromage au carré, le film prend la tangente en coupant à travers champ. Dommage, car Persepolis perd de sa crédibilité lorsqu'il appelle dès le début à combattre les extrémismes de toute sorte. Etrange manière d'appeler les gens à la Raison quand il choisit le biais du manichéisme et de la caricature... A l'image de ce noir et blanc quasi-omniprésent. Je veux bien admettre qu'il s'agit d'un style, et qu'en ce sens le film est entièrement cohérent avec l'oeuvre d'origine, mais aussi le postulat qu'il développe.

Mais à vouloir tracer de trop grosses pistes pour nous les faire avaler en eaux de boudin, il perd de sa superbe et de son intérêt à mesure que l'intrigue d'une vie racontée de l'enfance au début de l'âge adulte défile. La petite histoire d'amours contrariées prend alors le pas sur la grande Histoire, qui cède sa place à des considérations et vérités générales pessimistes du style « sois intègre à toi-même » ou « en Europe tu peux crever dans la rue, tout le monde s'en fout ». A force de faire le malin qui se démarque, le film tombe dans le commun et l'aseptisé. Une flopée d'éjaculations précoces pour chier une nouvelle fois sur les barbus ? Je pense. D'accord, le film est pas mal axé sur l'humour, qu'on y adhère ou pas. OK, il a ce cynisme et cet humour noir que pourtant j'affectionne tant... Mais rien n'y fait, ça ne cache pas ses vilains défauts comme cette verrue de sagesse sur le pif de Marjane.

Persep' est agréable pour la leçon d'histoire servie pour pas cher en terme de temps, mais c'est à se demander quelle est la réelle valeur ajoutée par rapport à un « Il était une fois l'histoire » matable un matin de lève-tôt sur Gulli. Là j'aurais au moins de quoi m'instruire sans avoir à me taper des histoires d'amours à 2 francs 50 fades et simplettes, fussent-elles malheureuses. D'ailleurs, quitte à avoir l'expérience d'un film profond et assez lent pour développer une atmosphère et une psychologie, autant se rabattre sur l'autre animé nommé Valse avec Bachir, qui lui au moins présentait un intérêt cinématographique tout en étant didactique. Aujourd'hui le vrai problème, c'est que la pognophobie est bien là, vivante, et ça tout le monde s'en fout.

jeudi 24 mars 2011

Les cerfs-volants de Kaboul : Manhattan>Kaboul

Coupé en deux plutôt brutalement, Les Cerfs-Volants de Kaboul se partage entre l'enfance et l'âge adulte du fils d'un notable Afghan contraint de quitter sa patrie au moment de l'invasion des Soviétiques. A la manière d'un Slumdog Millionnaire, le film donne d'abord à voir deux gosses entichés l'un de l'autre. Pourtant séparés par leurs conditions respectives de maître et serviteur, ils abolissent les frontières au nom d'une amitié qu'on croit sans bornes.

Et c'est précisément là que ça devient intéressant, et non plus lénifiant comme mon introduction mielleuse pouvait le laisser entendre. L'idylle vire vite à la crasse, quand le lâche « fils de » lâche vite son domestique par peur d'y laisser sa peau ; ou au moins d'y gagner quelques gnons et ecchymoses. La chute de la famille s'accélère alors, passant de l'allégresse d'une vie ensoleillée et presqu'oisive à l'âpre contemplation de la débandade de toute une nation. Les cerfs-volants ne voleront dès lors jamais plus, des bolchéviques aux vilains Talibans barbus.

Le contexte politique qui enrobe une grande amitié ou une petite histoire d'amour platonique entre les deux gamins sert de prétexte à la quête finalement assez banale et courue, dans sa forme la plus pure, d'une tierce personne et par la même d'une identité. Heureusement, les images filmées depuis le ciel sont époustouflantes d'authenticité. Et puis, ce n'est pas que le film facilite mon penchant à jouer le blasé, mais j'ai le sentiment qu'il manque d'une part sa vocation documentaire et que d'autre part il pêche par excès de zèle, en ayant un pied dans le manichéisme et l'autre dans l'éveil de conscience des spectateurs.

Pas épargné par la cuculerie ou les niaiseries en tout genre, il s'avère que le résultat est pas si mal pour un film dont on n'attend pas grand-chose, si ce n'est qu'il respecte le roman original (que je n'ai de toute manière pas lu). Après coup et réflexion, il est même indéniable qu'on passe un bon moment, et que le film passe plutôt vite grâce au voyage pour trois fois une bouchée de pain qu'il permet.