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vendredi 22 avril 2011

C'est la culture qu'on assassine : Mauvaise foi de bon goût ?

Tirés de son blog, ces articles pamphlétaires, souvent rédigés avec l'accent à chaud d'un coup de sang, interrogent pour commencer la légitimité d'un ouvrage, qui fait passer le petit billet de blog intimiste à la postérité et aux feux de la rampe.

Toutefois, on apprécie ce côté « picorage », qui permet de flâner à droite à gauche pour faire son menu quotidien, sans se lasser ni perdre le fil de notre lecture. A l'ère du numérique et de l'attention sans cesse sollicitée, importer des billets de blog dans un bouquin indexé à la lettre n'est finalement pas anachronique.


Apolitique, crachant sur la droite comme sur la gauche, Pierre Jourde est l'emblême du type luttant seul contre tous. A tel point qu'il peut être perçu comme dangereux, quand sa diatribe s'attache à démonter l'admission bien-pensante du « respect » universel, bienvenue mais traitée maladroitement, avec le flegme « bourre-pif » souligné par Garcin. Jourde rue dans les brancards, démantèle à tout va, et le fait avec un mauvais esprit qui flatte nos instincts belliqueux les plus bas. A ce titre, sa fronde contre les mi-figue mi-raisin Inrocks est jouissive, entre autres aspects critiquables de notre société qu'on s'est pour la plupart résignés à remettre en cause ou même remarquer. Et ce n'est pas pour me déplaire !


…Jusqu'à ce que les tares se fassent trop présentes, envahissantes même. D'une part, ce n'est pas peu dire que PJ se répète, voire radote, car après tout, les problèmes sociaux, politiques et culturelles restent toujours les mêmes lorsqu'ils sont irresponsablement confiés aux mains des politiques.

D'autre part, l'écrivain blogueur défend sa rébellion novatrice, et non pas réac', mot qu'il a en horreur. Un exemple : sa critique de l'ortho déliquescente est ponctuée d'une auto-défense avec laquelle il garde son texte d'être exempt de coquilles, qui sont en effet bel et bien là, et se comptent sur les doigts de plusieurs mains.

Un autre élément qui chagrine : Alors qu'il récuse le copinage, il en fait lui-même montre avec une sympathique préface de Jérôme Garcin du fameux Masque et la Plume de France Inter... Allez comprendre...


Comme les articles se lisent avec facilité, Jourde s'empresse de descendre, symétriquement, avec facilité. En tapant sur les supporters de foot, les illettrés, il ne prend pas trop de risque en attaquant un public qui ne le lira probablement pas (ohlala quel raccourci odieux !). Un peu sournoisement, savoir que le public ne lui en tiendra pas rigueur ne l'interdit pas pour autant de leur taper sur le nez avec le distingué de sa prose relevée. Seulement, on tombe vite dans les clichés et la rébellion de comptoir, entre son coup de gueule contre le journalisme télévisuel qui fait du « sensationnel », ou la bêtise des gens qui ne lisent pas mais consomment du Lévy ou du Musso. En se mettant dans cette position aigre-douce de l'amuseur, l'arroseur installe le lecteur dans une complaisance fort confortable mais tombe par la même occasion dans le piège de se faire arroser par une forme altérée de démagogie.


Mais ce qui est le plus désagréable, ce n'est pas tout ce que j'ai cité avant, c'est que Jourde est horriblement sympathique tout autant qu'horripilant. Du haut de sa chaire, il refuse toute institutionnalisation de son image. Pourtant, sa fausse modestie se dérobe vite sous son désir de faire valoir et reluire sa supériorité littéraire, intellectuelle et sociale. Taillant les première année de lettres (ça fait mal à mon peu d'amour propre...), les écrivaillons de tête de gondole (pourquoi pas), il donne le curieux sentiment d'être notre meilleur ami tout en se foutant royalement de notre gueule. Après ça, on adhère ou pas à ce qui ressemble, dans un style « autoritaire », à une forme de pensée totalisante, ayant un avis tranché de partout et sur tout. Un demi-dieu ? Peut-être bien. Mais en se refusant au pédantisme forcé et irréversible, il n'élimine pas pour autant l'envie irrépressible de le prendre pour un énième produit (ou succédané ?) à peine plus ouvert et tolérant de l'intelligentsia universitaire.

Et puis ce n'est pas que je suis savant de tout (ah tiens... je fais du Jourde), mais ses sujets d'occupation sont auto-centrés, refermés sur lui-même et son savoir cultivés depuis des siècles et des siècles (amen). Parce qu'après tout, tout ce qu'il dépeint sur la littérature en marge est valable aussi pour la musique, mais ce sont toujours les mêmes préoccupations casées dans le giron universitaire qui reviennent encore et encore. A force de taillader l'effet spectaculaire, la phrase du beau pyrotechnique, il finit par s'exclure lui-même du panthéon des bons auteurs, du fait même de la concision de ses bons mots et de l'effet d'esclandre suscité par certains des termes employés.

Alors, encore une fois (ah je radote... Jourde s'empare de moi), je ne suis moi-même pas tout à fait même de me faire critique de quoi que ce soit, et je dois bien avouer que je ne suis rien, en termes de nom et en termes de galons, mais mon avis m'importe, c'est déjà ça, en bon soldat de plomb du narcissisme que je suis... Et puis, comme je le fais avec Jourde, on trouvera toujours à redire sur moi, et ainsi de suite. Ca taillera pour vendre du papier et de l'attention et se donner l'impression d'exister quelque-part sur le net, ou d'occuper une place particulière (pas exposée mais élitiste) dans les librairies.


En bout de course, comme la quatrième de couverture le laissait présumer, Jourde décoche des poings et donne conséquemment l'envie d'en distribuer. Sa garde est friable, aléatoire. Quand il ne se défend pas d'être lui aussi exposé aux reproches, il rue aveuglément dans les côtes de son adversaire en piétinant toute démonstration de sympathie à son encontre.

Bien qu'à le lire, l'impression est forte que son pronostic vital est plutôt engagé, j'ai l'intuition qu'il est quasi-vital d'y jeter un oeil pour croiser le fer autant que les idées, tout autant que pour se faire une idée d'un point de vue en contre-pied qui force quand même la sympathie. Une mauvaise foi de bon goût, dira-t-on... Alors, mi-poivre mi-sel, j'apprécie ce bouquin pour sa valeur ajoutée en informations capitales, mais excusez encore, je ne peux me résoudre à l'adorer, ni même l'aimer comme il se doit, car après tout je n'ai pas de style, et je ne devrais donc même pas m'exprimer, ne faisant preuve d'aucun travail sur mes gribouillis...

samedi 22 janvier 2011

La ferme des animaux : "Fermez-la !"

La ferme des animaux est un pamphlet polissé conçu pour réfuter toute prise de pouvoir par la force au nom du peuple. C'est une satire à peine exagérée du régime communiste antidémocratique qui a pu sévir en URSS ou ailleurs. Au-delà de ça, c'est toute forme de tyrannie, exercée au nom du bien commun, qui est remise au centre des préoccupations. Cet examen des manipulations du règne animal exercées par les forts sur les faibles démontre que l'état de droit cède implacablement à la pression de révolutionnaires, et autres « libérateurs » de l'oppression, trop rapidement érigés en chefs, puis en despotes. Mais la métaphore de l'état de nature confiné dans cette jungle autogérée, véritable microcosme sociétal, est avant tout formulée pour interroger le lecteur sur son rôle de citoyen dans la nomenclature politique contemporaine. Alors bien évidemment, le réquisitoire évoque autant les classiques comme 1984 du même auteur, que de manière moins flagrante le Farheneit 451 de Bradbury. Le cochon en chef, « Napoléon » dans la version française, éructe ses règles iniques sous la houlette d'une toute-puissance illégitime. En découle une manipulation des concepts qui entraîne leur négation. Qui devient légion sous le joug du révisionnisme de cette pseudo-démocratie dictatoriale. En fait, le court roman d'Orwell est un peu comme un bon cours d'Histoire politique trouble dispensé par un bon prof : une leçon édifiante pour l'avenir tout comme un devoir de mémoire. De là à ce que le prof soit aussi magicien pour transformer cette fable en un bon bouquin... Ca se discute.

mardi 7 décembre 2010

La ligne de sang : Du polar prosaïque aux Rivières pourpres.

Une intrigue aux relents de stéréotypes happée par le creux de la vague situé en plein coeur. Submergeant l'attention du lecteur, le roman plonge progressivement vers une intrigue sentimentale aux allures de réchauffé, avant de revenir en grande pompe avec une tempête de fantastique totalement inopinée autour des dernières pages. Habité par un style sans emphase, la plume se veut avant tout accessible sans oublier d'être élégante. Les détails offerts sur la ville de Lyon, où se déroule l'action, permettent de renouveler l'intérêt pour l'enquête. Du vieux Lyon à la Croix Rousse en passant par l'ENSSIB, le roman revêt un caractère particulier si l'on est familier de cet univers. En définitive plaisant mais pas extraordinaire, ce polar occulte occupe si bien l'esprit qu'il réussit l'exploit de tourmenter au-delà de sa lecture. Une réussite de plus pour un auteur qui n'a plus besoin de faire ses preuves.

dimanche 11 avril 2010

Le dernier jour d'un condamné (Hugo)

Ce condamné, c'est nous. C'est personne, et en même temps tout le monde. Hugo sait saisir le lecteur par les sentiments. Il confère à cette ombre de mouroir une stature universelle autant que majestueuse. Trépidant, passionnant, exaltant, ces paroles sont pourtant l'écho d'un marasme de derniers jours vécus isolés au sein de la prison du Bicêtre, où le néant rythme les secondes qui se dénombrent comme de longues plaies dessinées dans la chair de ce meurtrier dévoré par son esprit. La réclusion, ses souvenirs, sa fille, ses actes réprimés sont outrepassés par la perspective de la potence. La guillotine comme idée fixe, monstrueuse invention dont la barbarie n'a d'égale que l'inhumanité de ces murs glaciaux auxquels se frotte le patient en proie à l'attente. Au pilori, il sera convié, à la vindicte populaire, il sera livré. Seul, il demeurera rivé sur son passé qui ne connaîtra pas de lendemain. Et pourtant, il aimerait tant se raccrocher aux dernières bribes de la vie qui s'effritent. Fuir, fuir, fuir, toujours, l'inconnu que l'on sait déjà inique, sous le Verbe d'un Hugo dont la portée est telle qu'il emporte l'adhésion de tout un chacun. C'est parce qu'il s'efface, se fait neutre devant un geôlier de passage avec lequel il fait corps que la sinistre magie d'un ineffable réel s'opère. Les âmes passent d'une rive à l'autre, successivement, non pas sans que chacune en soit consciente, et s'afflige de ce manque de considération de l'individu. Tous marchandises livrées à un sort funeste, elles sont expédiées sans attache vers un au-delà dont personne n'a décidément déféré de l'utilité profonde. Parce qu'il s'agit avant tout d'un spectacle, la superficialité est Reine, aux côtés d'un Roi qui prononce une sentence irrévocable dont une même chair, pas davantage et pas moins noble, aura à subir les affronts pour assumer la convenance des conventions. Dans un même jeu, une même place, une même scène, un même acte, une même pièce : le théâtre d'une vie entière dont le condamné n'aura guère l'occasion d'embrasser dans sa globalité tant on lui a arraché les derniers consolants espoirs d'un repos que la dignité de tout homme appelle à corps et à cris.

vendredi 19 mars 2010

A Rebours (Huysmans)


« Pompez tant que vous pouvez ! » semble être le mot d'ordre d'une préface réalisée par Marc Fumaroli qui n'en peut plus de glorifier son auto-establishment. A la force de ses bras et de sa témérité ascétique, il a accumulé un savoir astronomique et encyclopédique comme on n'en voit plus pour nous resservir de manière bien condensée sa science inimitable. Gonflée à la testostérone, son récital fait catalogue, sert la culture littéraire mais dévalorise le lecteur qui est littéralement écrasé sous la masse d'informations et de termes obscurs que seuls les rhétoriciens emploient pour combler un vide incarné par la présence mentale du public. Ce dernier, alors en proie à « l'ennui » et la lassitude face à tant de complaisance de l'orateur, piétine à la lecture d'un péritexte qui devrait paradoxalement lui donner goût de l'oeuvre qui va suivre. Mission échouée, puisque notre esthète ne fait rien d'autre que nous assommer, comme pour rendre hommage à L'assommoir de Zola. Alors de ce constat d'échec naît différentes questions, en vase communiquant : Suis-je trop bête ou s'agit-il du point d'orgue d'une littérature recluse sur elle-même qui ne tient tout bonnement plus rigueur de la « frivolité » du monde ?

Difficile de répondre, quand on verse soi-même dans le plagiat de cet auteur critique, qui aurait mieux fait de faire fi des normes pour se placer en postface plutôt que traiter de choses inconnues au bataillon littéraire du lecteur qui s'apprête à déguster un exemplaire du triptyque de Huysmans. Mais parce qu'on sait que l'œuvre originale n'a jamais été supplantée par sa glose, on regagne courage et on s'immerge dans la véritable préface : celle toute subjective de son auteur réalisée « vingt ans après le roman ».

A reculons, j'y reviens. Parce qu'il faut coût que coût que je traite de ce monument littéraire qui est passé par mon estomac depuis un large moment déjà. Faisandé jusqu'à la moelle, ce molosse a été muselé sans qu'il n'oppose résistance. Difficile à apprivoiser, car retors et fougueux, il ne manie pas sa nourriture avec délicatesse. Un roman aventureux, tortueux, difficile d'approche et loin d'être classique, qui ne laisse en somme aucun lecteur indifférent. Centré autour de la personnalité de Des Esseintes, ce violent pamphlet contre la société américanisée du 19ème siècle est une large ouverture au Pessimisme dans ce qu'il exprime de plus nihiliste. Close, esseulée, insulaire, l'œuvre est à l'image de son héros : maladive, maniaque, exubérante, en un mot comme en mille : Névrosée. Fragmentaire, sa composition expose des pièces interchangeables qui ne rechignent pas au catalogue lorsque les goûts de son protagoniste appellent à être communiqués. Alors les plus rébarbatifs, ces passages font partie de ceux qui ne laissent pas le souvenir impérissable d'une délectation trônant dans le commentaire acerbe d'une société décadente qui a enfanté son plus beau Monstre objecteur de conscience : Jean Des Esseintes. Véritable paria sans foi ni loi, mais suffisamment sensé pour vivre en marge de la société sans se compromettre, il vilipende la vie comme butinent les abeilles de leur dard au gré des fleurs. Aiguisé, le couperet du misanthrope est tranchant, et la prose maligne flirte avec l'excellence d'une période classique et la dépravation d'une écriture vingtiémiste. Foncièrement tourné vers l'avenir, donc, le style de Huysmans est à la fois dépouillé et ampoulé, une merveilleuse synthèse du monologue intérieur Célinien apparenté à la consistance d'une intrigue de Sarraute et enrobé par l'héritage Naturaliste et Réaliste de son époque. Véritable petite perle pour qui voudrait s'essayer au jeu des références en pagaille, A Rebours regorge de clins d'oeil et de réécriture qui comme il est de coutume pour toute grande oeuvre, appelle à la relecture « universitairement » studieuse. Pour faire court : un sacré pavé dans la mare, qui malgré les années n'a toujours pas subi l'ombre d'une érosion.


vendredi 24 juillet 2009

Le livre à mon chevet

J'ai entamé il y a peu le classique de Céline (Louis-Ferdinand dit "sa mère l'enculé il écrit trop mal la France"), Voyage au bout de la Nuit, qui est, comme je l'attendais, bien rustre et superficiellement déconstruit.

Déconstruit qu'en surface oui parce que ce simili de biographie du soldat Louis-Ferdinand à la guerre creuse le personnage à la manière d'un Seul Contre Tous (bien plus succint par son format de long-métrage) de Gaspar Noé en dévoilant la saleté de l'Homme en situation de crise. On aime parader dans cet esprit tortueux comme certains se délectent à connaître les dernières amourettes en vigueurs dans "Plus belle la vie" (chez le voisin parce que l'herbe est toujours plus verte ailleurs (oui ça c'est le titre à rallonge trop difficile à retenir pour le téléspectateur moyen)). Au bout de cinquante pages, ça donne envie d'approfondir, même si je pense que ce bouquin, encensé par pas mal de monde, est sûrement a fortiori le plus académique de tous. Mais bon... Ne vendons pas la peau de l'Ours avant de l'avoir tué ! Maintenant me reste plus qu'à avoir le courage d'affronter les 450 pages restantes (ah ah ah (se gausse jaune)).